Voilà un texte dans sa livrée d'origine, dépouillé de tout autre objet
que le plaisir de mêler artifice, jeu, agitation mentale, théatre personnel.
Il m'arrive d'avoir des pensées au ras des paquerettes, plus précisément
aujourd'hui au ras du plancher où se trouvent les chaussures que j'ai imaginées
pour vous....
Cela se passe donc au ras du plancher...Vos chaussures....Non, pas encore
les vôtres, celles que je vous destine. Poses à terre, les voil avec une partie
de moi-même, à terre elle aussi. Noires, hautes, fines, d'une courbure à
réinventer le calcul géométrique paramétrant l'alchimie qui fait passer de
la ligne à l'arrondi, au bout triangulaire poli, au talon effilé, à la bride torsadée,
à la courbe finissante, au dessin épuré....
Le plancher, revenons-y, je viens d'y poser un genou. le plancher,
restons-y: votre regard s'y perd, est-ce l'effet de mon genou à terre,
des chaussures exposées? Le plancher, je le quitte pendant que vous
le contemplez et mon regard se perd ailleurs. Je vous 'imagine essayer ces
escarpins et je me remue le coeur à deviner le léger bruit furtif qu'émet le
frottement de la soie contre le cuir, quand votre pied gainé penètre la chaussure
et s'en extrait, dans un ballet d'abord hésitant, puis de plus en plus aisé, qui
est bien plus qu'un essayage de soulier.
Et je rêve. Quel son imperceptible sortirait du contact du pied sur ma joue,
du cuir de l'escarpin se frottant à ma joue? je pense aux accessoires cachés
ou révélés, qui s'accorderaient à ces chaussures: la lingerie, les bijoux, la robe,
un mouchoir....Mes réflexions iraient bien plus loin, mais maintenant que vous
m'avez lu, ces chaussures sont devenues les vôtres et non plus celles que
j'ai décrites. Vous vous les êtes appropriées et je ne me sens pas autorisé
à vous en suggérer un usage détourné...auquel vous avez forcément pensé
le plancher, nous y revoilà pour le sacre des pieds et des chaussures.
Marie, voilà l'objet du délit, dérobez ces chaussures à leur gardien possessif!
Au plaisir de vous lire à nouveau
JM